La pandémie a eu ses effets sur tout le monde. Elle a bouleversé, chamboulé, fait perdre un équilibre parfois fragile. Elle a été aussi difficile sur ma grand-maman, comme pour beaucoup de personnes âgées. On ne pouvait évidemment plus aller la visiter. Facetime c’est bien, mais pour quelqu’un atteint d’alzheimer, c’est abstrait. Et alzheimer ou pas, ça ne remplace pas un bisou et une accolade. Un contact, une présence physique. Elle a perdu beaucoup de poids, beaucoup d’autonomie aussi. Je n’y suis pas allée très souvent cet été, lorsque c’était permis à nouveau. Compliqué, mais permis. On ne sait pas comment agir, quoi dire, puisqu’il n’y a pas de réponse de l’autre côté, pas d’interaction. C’est tout sauf évident. Cependant, je tenais à y aller avant le retour en zone rouge et mon accouchement. Une belle visite à l’extérieur, en plus, avec le temps exceptionnel de la semaine dernière. Une visite très brève, une absence de plus en plus frappante.
Ma grand-maman, il y a environ un an (le moment importe peu), a eu un moment de lucidité. Une petite minute, le temps de me reconnaître. Ce qui est déjà précieux, les gens connaissant quelqu’un atteint de cette ingrate maladie comprendront. Un moment qui me bouleverse encore, quand j’y repense. Un moment qui va m’habiter toute ma vie. Elle m’a tout simplement prise les mains, en me regardant dans les yeux. En me disant, très émotive, que je suis son petit ange et de continuer de faire du bien aux gens autour de moi. Des mots très forts, d’une grande sincérité et surtout, lors d’un rare moment de complète lucidité.
J’espère pouvoir lui présenter ma fille, en vrai ou en FaceTime. Peut-être même qu’elle la prenne dans ses bras, mais je n’ai pas tant d’espoir à ce niveau. Le temps nous dira si cela sera possible, mais je sais qu’elle ne la verra pas grandir, rire, évoluer.
Nous avons tous notre vision du « après la vie ». Personnellement, je ne sais juste pas. Ce que je sais, cependant, c’est que la personne aimée continue de vivre à travers nous, à travers les souvenirs. Ma grand-maman ne connaitra pas ma fille, mais ma fille connaitra grand-maman Lulu. Je lui raconterai les anecdotes, je lui montrerai les photos.
Je ne sais pas si vous avez vu la vidéo récente d’une dame, ancienne ballerine, atteinte d’alzheimer, se souvenant de sa chorégraphie du Lac des Cygnes? Je vous invite à prendre quelques minutes et vous laisser accueillir toute cette beauté. C’est beau. Touchant. Précieux.




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