Au départ, cet article devait s’appeler « L’azheimer ». Je voulais parler de cette terrible maladie, comment elle affecte les gens. Je pourrais vraiment en parler en long et en large. Comment cette maladie change les gens, leur fait perdre leur autonomie et est tout simplement si ingrate. Puis, j’ai décidé de parler d’un cas en particulier, celui de ma grand-maman. Mais pas parler de la maladie, mais bien d’elle. Même si la maladie change la personne avec ses pertes de mémoire et ses hallucinations, la personne ne se résume pas à celle-ci. L’essence de la personne reste. Les émotions restent. Donc, je ne parlerai pas de la maladie. Je parlerai plutôt de ma grand-maman.
Ma grand-maman est parfaitement humaine avec toutes ses imperfections. Elle a du caractère et pas toujours dans les meilleurs moments. Je me souviendrai toujours lorsqu’elle critiquait les rideaux de la maison familiale, ou la décoration, avec autant de véhémence. Ou quand elle se choquait, devant un débat politique, à la télévision. Ou une partie de baseball, c’est selon. Ma grand-maman, c’est une femme d’opinions.
Ma grand-maman, c’est celle qui, orgueilleuse comme tout, se maquillait tous les matins et qui allait se faire coiffer à tous les vendredis. D’ailleurs, c’est d’elle que j’ai hérité cet amour de la beauté. Je me souviens de ces palettes d’ombres à paupières et de son fond de teint mille fois trop foncé pour moi. Ses ongles étaient si beaux, brillants comme tout. Ils étaient aussi éclatants que son rouge à lèvres rose.
Ma grand-maman, c’est celle qui a un passé imparfait. Je sais qu’elle n’a pas été correcte avec ses enfants. Je sais qu’elle a traversé des moments difficiles, étant si malheureuse de sa vie. Je sais qu’elle a surmonté les épreuves et la dépression, qu’elle a su apprendre son indépendance à travers les embuches. C’est celle qui s’est mise au yoga à 40 ans, qui a jeté son paquet de cigarettes, qui a appris à conduire et qui est aller travailler. Je pourrais en parler, mais de l’extérieur. Mais, je parlerai que de ma grand-maman.
Ma grand-maman, c’est celle qui nous a gardé, moi et mon frère, quand nous étions tout petits. C’est celle avec qui j’allais faire du shopping après l’école ou avec qui je jouais dans un mètre de neige, en plein hiver, à -20. Celle que nous attendions les jeudis, puisque c’était sa journée à Granby. Puis, lorsque j’étais adolescente, c’était les dimanches avec le déjeuner au Zellers le matin, puis le bingo en après-midi.
Ma grand-maman a 91 ans et est atteinte d’alzheimer. Elle ne se maquille plus, n’accorde plus d’importance à ses vêtements et à la politique (ni aux rideaux!) et n’a plus la notion du temps. Mais son sourire est toujours bien présent. Elle est toujours bien présente. C’est différent, bien évidemment, les conversations sont plus courtes et sont en superficie.
C’est à nous de décider, à partir de maintenant, où est le bonheur avec elle. Et le bonheur, il est lorsque nous prenons sa main. Lorsqu’elle sourit en voyant les photos de ses arrières petits enfants. La vie change, la maladie frappe. Mais la personne est toujours là, il suffit de s’adapter.




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